Regards croisés – Hugo Lutun et Ludivine Gilli

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Perception du risque par les Français, perception du risque par les salariés de l’IRSN : éléments de comparaisons

Cette année, le Baromètre propose pour la première fois une réflexion sur la perception des risques par les salariés de l’IRSN. En novembre 2021, en effet, il a été proposé aux quelque 1 800 salariés de l’Institut de remplir le questionnaire du Baromètre en même temps que l’échantillon « grand public » français. Un tiers d’entre eux (571) se sont prêtés à l’exercice et ce tiers se révèle remarquablement représentatif de la population de l’IRSN à la fois en termes de genre, de région, de CSP et de catégorie d’âge.

De ce fait, en revanche, cet échantillon se distingue fortement de l’échantillon représentatif de la population française, car l’Institut compte environ 80 % de cadres et que la plupart des effectifs sont implantés en région parisienne. Les cadres sont donc sur-représentés (80 %, + 71 points) à l’IRSN par rapport au « grand public », de même que les personnes de niveau d’études « supé‑ rieur à Bac + 2 » (86 %, + 54 points) et les Franciliens (77 %, + 59 points). La comparaison des résultats prend en compte ces disparités : lorsque la différence que l’on constate entre les réponses « IRSN » et les réponses « grand public » est due à la structure de l’échantillon, cela sera signalé.

Le risque nucléaire perçu comme plus faible par les salariés de l’IRSN

Les salariés de l’IRSN ont une opinion de l’énergie nucléaire majoritairement plus homogène et plus positive que les Français. Ils déclarent à hauteur de 24 points supplémentaires que « La construction des centrales nucléaires a été une bonne chose » (84 %), qu’il faut continuer à en construire (68 %) et qu’il ne faut pas les fermer (70 %).

Dans la même logique, ils sont 62 % (+ 42 points) à juger les risques liés aux déchets radioactifs comme quasi-nuls ou faibles et ils considèrent bien davantage que « Les habitants à proximité d’installations nucléaires sont en aussi bonne santé qu’ailleurs » (84 %, + 42 points). Ils estiment par ailleurs que les installations chimiques (55 %, + 37 points) risquent le plus de provoquer un accident grave en France et non les centrales nucléaires (10 %, - 17 points) ou le stockage des déchets radioactifs (3 %, - 17 points).

Le risque et l’exposition au risque, perçus différemment

Pour l’ensemble des situations à risque proposées dans le Baromètre, les salariés de l’IRSN affirment davantage que les Français avoir été confrontés eux-mêmes aux 15 risques évoqués : ils donnent des réponses plus élevées de 10 points en moyenne pour tous ces risques à l’exception de la drogue (- 3 points). La différence est plus faible pour des risques comme les inondations ou le sida. Elle est très élevée (+ 15 points) pour cinq risques : la pollution de l’air, la pollution sonore, les radiographies médicales, les accidents domestiques et les accidents de la route. Dans les deux premiers cas, l’écart est principalement dû à la structure de l’échantillon IRSN (1).

 

(1) Concernant l’exposition à la pollution de l’air (72 %, + 33 points), la différence notée entre les réponses IRSN et les réponses « grand public » est principalement due à la structure de l’échantillon : comme nous l’avons vu, les cadres, les très diplômés et les Franciliens sont sur-représentés dans l’échantillon IRSN, or au sein de l’échantillon « grand public », ces trois catégories répondent bien davantage que la moyenne être exposées à ce risque. Ces différences se montent à 14 points pour les cadres (53 %), 9 points les personnes de niveau d’études « supérieur à Bac + 2 » (48 %) et 18 points pour les Franciliens (57 %). L’effet combiné de ces trois surreprésentations est l’explication principale à la différence de 33 points enregistrée entre les réponses IRSN et les réponses « grand public » concernant l’exposition perçue à la pollution de l’air.