LE RÊVE DE DIDEROT A L’ÉPOQUE DU BIG DATA

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Blog Le Monde, billet de Sylvestre Huet

Publication janvier 2019

http://huet.blog.lemonde.fr/2019/01/31/le-reve-de-diderot-a-lepoque-du-big-data/

L’auteur part du « rêve de Diderot » de rendre tout citoyen connaisseur des techniques en se demandant si ce « rêve » pourrait être réalisable aujourd’hui alors que « les technologies utilisées pour produire nos moyens de vie sont de plus en plus obscures à leurs utilisateurs ». Il poursuit sur l’usage massif des technologies qui a « transformé les sociétés humaines et l’environnement naturel à un point tel que la plupart des grandes décisions à prendre pour notre économie, nos moyens de vie, nos relations entre peuples, sont désormais en partie liées avec le savoir disponible ».

La palette des savoirs est aujourd’hui immense. Les chercheurs deviennent « ultraspécialisés », dans des domaines très précis. L’auteur ajoute que « nous sommes parvenus à la société des connaissances séparées les unes des autres, séparation qui nous empêche de les relier pour concevoir les problèmes fondamentaux et globaux tant de nos vies personnelles que de nos destins collectifs ».

La suspicion des citoyens vis à vis de l’expertise d’organismes publics transparait dans de nombreuses enquêtes. Une partie du public est convaincue que cette dernière n’est pas indépendante, ni du pouvoir politique ni des pouvoirs économiques et financiers. Les scandales liés à l’amiante, le sang contaminé… nourrissent la défiance de la population.

Il revient ensuite sur la perception du public vis-à-vis des risques et surtout sur le phénomène d’amplification sociale du risque : certains risques désignés comme minimes sont amplifiés tandis que d’autres plus importants sont minimisés. Il reprend ici l’exemple du Baromètre IRSN sur la perception du public de l’accident de Fukushima et de Tchernobyl. Alors que les victimes ont été bien plus nombreuses suite à l’accident ukrainien, l’accident japonais leur parait beaucoup plus effrayant. Sur ce point, il faut noter que l’écart s’est resserré ces dernières années dans le Baromètre et que les deux accidents apparaissent presque au même niveau en 2017. L’auteur revient également sur les retombées radioactives de l’accident ukrainien en France. 76% des Français considèrent toujours qu’on leur ment à ce sujet, chiffre stable depuis une quinzaine d’années alors que « l’effort de transparence de l’IRSN sur ce sujet est remarquable ».

Il poursuit son billet sur les attentes vis-à-vis des politiques par rapport aux différentes décisions sur des sujets qu’ils ne peuvent maîtriser puisqu’ils ne peuvent être experts de « toutes sciences, de la physique nucléaire ou des biotechnologies » et conclut sur le fait que de bonnes décisions ne pourront être prises dans différents domaines que « par le perfectionnement de la démocratie représentative, utilisant à plein les ressources des expertises publiques possibles ».